La photo représente la famille Sherman-Rose, qui habite à Washington DC. À gauche on a Scott (le barbu), celui qui a écrit l'article ci-dessous; à droite on a Martin; et au milieu on a Sacha, leur fils aîné. Aujourd'hui ils ont un deuxième fils, mais n'empêche! Cet article est très émouvant. Je l'ai traduit pour ceux qui sont plus à l'aise avec le français. Mais le 10 septembre ça fera trois ans depuis qu'il a été publié dans le magazine MSNBC, à la page 30.
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Titre : Si notre fils est heureux, où est le problème?
Sous-titre : Nous croyons qu'il est évident que Sacha est de loin mieux avec nous que dans un orphelinat. Certains ne sont pas d'accord.
Mon fils est tombé tout le temps. Avec ses bleus à l'½il et à la jambe, on dirait qu'il vient de subir tout juste un accident de voiture. Les uns après les autres, les gens me posaient la question : « Qu'est-ce qu'il lui est arrivé? » La meilleure réponse aurait été : « Qu'est-ce qu'il ne lui est PAS arrivé? », car il a la vie dure.
Mais puisque la réponse était compliquée, j'hésitais à donner de réponses. « Va demander à mon mec! » À un moment donné je disais à mon compagnon : « C'est quand même heureux de voir que personne ne nous accuse de maltraitance d'enfants. »
Puis un jour quelqu'un l'a fait. Sans doute, elle ne l'a pas fait par souci pour le bien-être de mon fils, mais plutôt par préjugé envers les parents.
J'avais adopté Sacha sept mois plus tôt, en Europe de l'Est. Nous étions au courant que pas tout le monde était pour l' ''adoption gaie'' en tant que telle, et cependant nous n'avions pas imaginé que les gens auraient préféré plutôt laisser cet enfant dans son orphelinat. Là, c'était pas la fête. À l'âge de 17 mois, Sacha avait le poids d'un garçon américain de 5 mois. Si la plupart des enfants commencent à marcher à 12 mois, Sacha savait à peine ramper. Il ne savait même pas balbutier ou bredouiller. L'air absent, il regardait dans le vide.
Né prématurément, 10 semaines plus tôt, et avec un poids de moins de 2 kilos, Sacha aurait pu bénéficier d'une assistance plus rapide. Mais il a passé ses premières 17 semaines à gésir tout seul dans un berceau. Il était maladif et dans le besoin. J'ai demandé à quelqu'un de ceux qui travaillent dans l'orphelinat si Sacha souriait. « Mais non; il est un enfant sérieux. » Essayez d'imaginer un enfant qui n'a jamais souri.
Quand ils manquent d'amour, les enfants deviennent tarés. Sacha vivait dans son monde. Il se foutait de tout le monde. Peu importe qui le tenait dans ses bras, nous étions tous pareils pour lui. Il laissait tomber les jouets de sa main. Quand on le laissait sortir de son berceau, il ne faisait autre chose que se coucher sur son dos et sucer son pouce. À l'orphelinat on m'a dit qu'il avait une « curiosité normale », mais je crois qu'ils voulaient dire normale pour une pierre.
Quand je suis allé avec Sacha pour voir un expert en réinsertion psychologique des enfants orphelins, il a diagnostiqué Sacha d'autisme institutionnel.
L'histoire de Sacha serait insupportable, si elle n'avait pas changé depuis qu'il est venu à la maison. Lors de son deuxième anniversaire, il riait et souriait tout le temps. De sous-nourri qu'il était, maintenant il est vraiment dodu. Il est motivé et affectif, et chaque matin il se réveille heureux.
Un logopédiste nous a dit que, vu son passé, Sacha ne saurait pas parler avant ses deux ans. Mais à l'âge de deux ans, Sacha connaissait déjà une soixantaine de mots et expressions. Il dit même « s'il te plait ».
Malheureusement, à cause de sa condition congénitale, Sacha ne sait toujours pas vraiment marcher. Mais il est motivé et essaie toujours, et nous l'encourageons. Il finit par se cogner et se faire des bleus.
Vu ces apparences, nous serions pas étonnés de voir quelqu'un appeler les autorités. Si c'était pour de bonnes raisons, ce serait le truc à faire. Mais les intentions, étaient-elles justifiées?
Les investigateurs officiels nous ont caché l'identité de la plaignante, mais des amis qui la connaissent nous ont dit de qui il s'agissait. Ils nous ont raconté comment elle avait dit qu'il devrait être affreux pour un enfant d'avoir deux papas. Ils croient que c'est ça qui l'a fait sonner chez les autorités. Mon compagnon et moi espérons que ce n'est pas vrai, mais on ne sait jamais.
Pour achever l'investigation, on a dû aller avec Sacha à l'hôpital, pour un contrôle. On y a été pour six heures. On l'a tenu debout au temps qu'il aurait dû dormir, et on l'a poussé et bousculé sans arrêt. Après que le toubib a été convaincu qu'il n'était pas question de maltraitance, les règles de l'hôpital ont exigé qu'il subît une examen squelettique complet. Ça fait que notre fils hystérique et fatigué s'est fait allonger et tordre pendant une demi-heure, et cela, sur une table en métal, pour 15 rayons X, dont il n'avait pas besoin. À deux ans, mon fils a appris comment les préjugés anti-gais peuvent – littéralement – faire mal.
Mais les préjugés anti-gais font mal à beaucoup d'enfants. Des centaines de milliers d'entre eux ont besoin d'une maison. Cependant certaines personnes aimeraient voir ces enfants dans des maisons d'accueil ou dans des centres de placement, plutôt que vivre avec deux parents du même sexe, qui les aiment. Ce n'est pas à moi de décider quelle situation devrait être la plus idiote ou la plus cruelle.
Mon compagnon et moi ne nous prenons pas pour des héros, pour avoir adopté Sacha. Nous avons vraiment de la chance, d'avoir ce merveilleux enfant. Mais n'eussions-nous pas pris de risque vis-à-vis d'un gosse qui n'avait pas l'air d'aller bien à l'époque, Sacha pourrait se trouver toujours dans l'orphelinat. Sa belle et douce lumière aurait pu se perdre. Pour celle qui nous a accusé de maltraitance d'enfant, et pour les juristes de l'État de Floride (qui récemment ont défendu la position de l'État, qui interdit l'adoption gaie, stipulant que « adopter ou être adopté n'est pas un droit fondamental »), une telle perte serait acceptable. S'ils avaient un peu de souci pour les enfants, alors déjà le beau sourire de Sacha pourrait les faire changer d'avis.